Les sarcophages de Mazan

Les villages de Provence cachent parfois leurs trésors… au grand jour. C’est tout particulièrement le cas de Mazan, ce joli village du Vaucluse dont nous avions parlé dans notre article sur les gorges de la Nesque. En effet, les sarcophages de Mazan, s’exposent librement à la vue des visiteurs du cimetière. En fait, ce ne sont pas moins de 62 sépultures de pierre qui coiffent le mur d’enceinte du cimetière actuel, rappelant ainsi les célèbres Alyscamps de la ville d’Arles. Deux autres sarcophages entourant quant à eux, la porte d’entrée de l’actuel cimetière communal.

Les sarcophages de Mazan, une visite à ne pas manquer

Tombeaux de calcaire

Perchée sur les hauteurs de ce village pittoresque du Comtat Venaissin, cette nécropole fait d’ailleurs partie des vestiges les plus importants de ce territoire. Car en réalité, ce sont près de 144 sarcophages qui avaient été recensés en 1842. Que sont devenus les tombeaux manquants ? Peut-être ont-ils servi de remblai ou de matériau pour des constructions plus récentes. Nul ne le sait.

Au même titre que le mur de la peste ou bien d’autres trésors archéologiques du Vaucluse, les sarcophages de Mazan méritent vraiment une étape. Vous pourrez admirer ces cercueils taillés dans le calcaire et sagement alignés, mais aussi la chapelle du cimetière, classée aux monuments historiques. Profitez-en également pour contempler le paysage provençal alentours. Du cimetière, vous avez en effet, une vue imprenable sur le vignoble, les oliveraies et en toile de fond, le majestueux Mont Ventoux.

Le clocher de Mazan depuis le cimetière

Les vestiges d’un lointain passé

Dominant le village de Mazan et son beau clocher, le cimetière et son allée de sarcophages nous transportent dans le lointain passé de la commune. En effet, le petit village provençal et son terroir planté de vignes, sont riches de vestiges archéologiques qui révèlent une présence somme toute très ancienne. Des amphores vinaires datant du 1er siècle avant notre ère, attestent par ailleurs, d’une importante activité viticole.

Nos ancêtres les Gaulois

C’est ainsi qu’on y trouve la trace d’une tribu celtique, les Meminii (ou Mémines). Cette peuplade, installée entre le couloir rhodanien et les premiers contreforts des Préalpes, avait pour capitale Carpentorate qui deviendra plus tard, Carpentras. Elle faisait partie des peuples Gaulois, et plus précisément des Cavares. Ce peuple celto-ligure occupait à l’époque, une bonne partie du sud-est actuel et entre autres, un oppidum à qui ils ont laissé leur nom : Cavaillon.

Les Romains face à la mort

Un petit guide pour le visiteur

Nous sommes en 50 après J.C. Pour les Romains qui débarquent en Provence, le monde des morts et le monde des vivants sont bien séparés. En réalité, ils ont très peur de la mort et craignaient les fantômes. C’est pourquoi l’incinération est largement pratiquée. Les cendres des défunts sont recueillies dans une urne cinéraire, puis placées dans un mausolée. Elles sont parfois enterrées dans un enclos de la propriété familiale et indiquées par une stèle portant une épitaphe. L’organisation des funérailles était particulièrement soignée afin que l’esprit du défunt ne vienne pas tourmenter les vivants.

Les sarcophages de Mazan, témoins de l’essor du christianisme en Provence

Mais sous l’influence grandissante du christianisme, l’incinération cède peu à peu le pas aux inhumations. En effet, les chrétiens croient en la résurrection et rejettent l’incinération des corps. C’est pourquoi dès le troisième siècle, les dépouilles des défunts des familles romaines les plus fortunés sont placés dans des cercueils ou des sarcophages. C’est la raison pour laquelle, beaucoup d’archéologues s’accordent sur le fait que ces sarcophages puissent être les premiers témoignages du christianisme en terre provençale.

Des gravures qui se devinent

 

Des tombes en bordure de route

Pour autant, les enterrements sont interdits à l’intérieur de la cité (ou vicius en latin). C’est la raison pour laquelle on ne trouve pas de cimetières au sein de ce périmètre sacré dédié aux vivants. Les nécropoles prennent donc place à l’extérieur des remparts. La plupart du temps, les tombes suivent le tracé des vias, les grands axes routiers de l’époque. Les charrettes des marchands cheminent alors tout naturellement le long de ces allées de sarcophages de pierre.

Les sarcophages paléo-chrétiens de Mazan

Des gravures encore présentes sur certains sarcophages

Parfois appelés les Alyscamps de Mazan, ces 64 sarcophages sont une curiosité en Comtat Venaissin. Ces sépultures assez uniformes taillées dans le calcaire local, datent des cinquièmes et sixièmes siècles après J.C. Chaque tombe mesure environ un mètre quatre-vingts. Elle se compose d’une cuve de pierre d’un seul bloc, assez massive et de forme rectangulaire. Leur couvercle est à doubles pentes et certains sont ornés d’acrotères, parfois rectangulaires, parfois en demi-lune. Toutes ne présentent pas de décor et lorsqu’il est présent, il s’agit de sculptures extrêmement sobres. On y reconnaît une hache, un soc de charrue, parfois une couronne ou une croix, comme sur la photo ci-dessus. Certaines de ces gravures, très érodées par le temps sont d’ailleurs à peine lisibles.

Les sarcophages de Mazan au cœur de plusieurs hypothèses

  • Une théorie part du postulat que les Romains et ceux qui leur ont succèdés avaient pour habitude d’enterrer leurs défunts, le long des axes importants. C’est pourquoi certains archéologues pensent que ces sarcophages pourraient provenir d’une ancienne voie romaine secondaire située au nord du village. Cette route, qui relie Carpentras à Mormoiron, est connue sous le nom de chemin Mercadier (ou chemin des marchands).
  • Une autre théorie fait état d’une nécropole chrétienne découverte entre le Limon et Saint-Andéol.
  • Enfin, certains pensent que ces cercueils de pierre ont toujours été présents sur le site actuel, car il s’agit vraisemblablement d’un lieu sacré très ancien. En effet, des urnes cinéraires romaines y ont été découvertes.

Un mystère encore non élucidé

Malgré tout, le doute demeure quant à la provenance exacte des Alyscamps de Mazan. La mairie de ce charmant village possède effectivement des documents officiels du 18e siècle traitant de leur transfert vers le cimetière. Pourtant, il n’y est nullement fait mention de leur provenance. Seule certitude, l’arrangement actuel des sarcophages date de 1858.

Une halte à la chapelle du cimetière

Ne quittez pas le cimetière et ses sarcophages sans faire une halte à la Chapelle Notre-dame de Pareloup. Ne vous fiez pas à son apparence récente, car en réalité, les murs de cet édifice datent du 11e siècle et sont assis sur des fondations plus anciennes encore. Les fresques quant à elles remontent au 16e. Elle abrite les tombeaux des seigneurs de Mazan. On accède à la chapelle en sous-sol par un escalier. Sa silhouette un peu trapue s’explique par l’accumulation de la terre amassée à sa base au fil du temps, lors du creusement des tombes.

Un nom bien curieux

La chapelle située au centre du cimetière doit son nom à une légende selon laquelle les loups venaient faire la chasse aux défunts. La chapelle aurait alors été édifiée comme lieu de culte afin de protéger les vivants des attaques de loups venus chassés les morts. On venait y invoquer la Vierge Marie.

Le saviez-vous ?

Le mot sarcophage signifie « mangeur de corps ou de chair ». En effet, dans l’antiquité, beaucoup pensaient que la pierre accélérait la disparition des corps des défunts non incinérés.

Le mot Alyscamps signifie lui, Champs Élysées en provençal. Il s’agissait de la voie qu’empruntaient les morts pour se rendre au paradis.

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