Village des bories de Gordes en Luberon

À quelques kilomètres du magnifique village perché de Gordes et de l’abbaye de Sénanque, se dresse le pittoresque village des bories de Gordes. Venez le découvrir et plongez au cœur d’une structure de type néolithique. Ce qui est assez déroutant. En effet, ce hameau a été habité jusque dans les années 1850. Plus qu’un musée à ciel ouvert, ce village de cabanes en pierres sèches (ou cabanes gauloises) vous offre un témoignage poignant et une véritable immersion dans le monde rural et pauvre de la Provence du 19e siècle. Ajoutez-le à la liste des vos visites incontournables lors de votre prochain séjour en Luberon.

Gordes, à quelques kilomètres du village des bories
Non loin du village des bories, Gordes.

C’est quoi au juste ces cabanes du village des bories de Gordes ?

La borie, est un mot français qui vient du provençal bori. Selon ses racines médiévales (boveria, bori) il signifiait étable pour les bœufs. De nos jours, ce type de construction porte plutôt le nom de cabane. C’est d’ailleurs ainsi que les anciens les nommaient. Néanmoins, dans la région de Gordes et dans le Vaucluse en général, c’est principalement le terme de borie que l’on utilise pour désigner ce type d’habitat rural.

Le village des bories de Gordes : au commencement était la pierre.

Les monts de Vaucluse regorgent de roche calcaire. Partout, cette pierre non-gélive affleure et les carrières sont légion. Déjà exploitée pendant la présence des Romains, on la retrouve dans les grands monuments de la région.

Un matériau bon marché pour le village des bories

Pourtant, la pierre qui représente le mieux le paysage provençal, n’est pas celle qu’on exploite dans les carrières. Au contraire, c’est une modeste pierre extraite à la sueur du front des paysans de la région de Gordes notamment. Elle signe le paysage lithique des plateaux et des versants des Monts de Vaucluse ou de la montagne du Luberon.

Un patrimoine architectural d’une grande richesse

Comme elle ne nécessite aucun transport, chacun l’utilisait sur place pour les constructions si typiques que nous admirons encore aujourd’hui.

Village de bories et ses enclos
Les bories du villages et leur enclos
  • Les bories, bien sûr, parfois regroupées en hameaux ou isolées qui servent d’abris aux bergers. Elles parsèment toujours la garrigue du Luberon de leur silhouettes pittoresques.
  • Des restanques ou terrasses et des clapas dessinent et encadrent ce terroir provençal.
  • Partout s’élèvent des murettes servant d’enclos ou bordant les chemins de randonnée.
  • Ça et là quelques aiguiers pourront encore vous rafraîchir.
  • Terre de miel, la région compte quelques apiès ou brucs, appelés aussi murs à abeilles. Ces petits murets dans lesquels ont aménage des niches destinées à recevoir les ruches, participent également à la variété de ce patrimoine ancestral.

Naissance du village des Bories de Gordes

Les premières bories apparaissent à Gordes probablement vers le 17e ou 18e siècle.

Un besoin de terres

En effet, la population augmente et il faut donc combler le besoin de nourriture. De fait, les paysans les plus pauvres ainsi que les ouvriers agricoles, n’ont pas d’autre choix que d’acheter des terres peu chères, arides et caillouteuses, afin de créer de nouveaux champs et produire plus de grain.

Un défrichement harassant

Malgré tout, à force d’un travail long et difficile, les paysans provençaux gagnent petit à petit leur bataille contre la garrigue et la forêt, qui laissent leur place à des champs cultivables. Mais ces parcelles remplies de cailloux et dures à travailler, sont souvent bien éloignées des fermes et des villages. Les pierres péniblement arrachées du sol des collines lors du défrichement, vont alors se révéler bien utiles. Elles serviront en effet, de matériau gratuit pour la construction de cabanes en pierres sèches du hameau.

Pénible, mais utile

Ces cabanes ou cabanons sont alors utilisés pour ranger les outils, mais également pour abriter les hommes. Par ailleurs, la présence d’enclos et de petites bergeries attestent d’une activité d’élevage sur place. De petits villages de pierres voient ainsi le jour à l’écart du village principal, redessinant le paysage des plateaux arides de Provence.

Une architecture de nécessité et pourtant si belle

Les petites bories de Gordes ont été bâties pour, et par de simples cultivateurs, paysans ou bergers. Les plus grandes, ont une architecture plus travaillée et sont probablement l’œuvre de maçons professionnels. Qui étaient-ils ? Nul ne le sait. Cependant, si leurs noms ne sont pas parvenus jusqu’à nous, leur maitrise de la construction en pierres sèches les immortalise. Leur art est un défi au temps.

La maîtrise de la pierre sèche

Architecture en pierre sèche

Car oui, le travail de la pierre sèche est un art. Celui de poser des pierres sélectionnées à l’œil et de les faire tenir sans ciment, ni liant. En effet, il ne doit y avoir aucune trace de terre ou de chaux pour qu’un édifice bénéficie de l’appellation « maçonnerie de pierre sèche».

Des voûtes en encorbellement

La voûte en encorbellement demande une maîtrise plus grande encore. Cette technique consiste à assembler les pierres sans utiliser de coffrage. Elles sont croisées de façon à éviter que l’eau ne pénètre dans la cabane. On y plaçait ensuite une ou plusieurs pierres plates au sommet afin de stabiliser l’ensemble de la borie. Les cabanes de Gordes sont quant à elles, dotées de voûtes en carène, c’est-à-dire en forme de bateau renversé. Leur réalisation est plus complexe encore.

La vie du village des bories de Gordes

À quelques kilomètres à peine de Gordes, le village des bories est une visite incontournable du parc naturel régional du Luberon. Planté à 270 m d’altitude, le hameau des cabanes, que certains appellent le « quartiers des savourins », ne possède ni église, ni cimetière. Sa seule utilité consistait à servir de camp de base pendant les travaux agricoles saisonniers.

Les cultures sèches traditionnelles.

Amandier et son fruit

En effet, les parcelles éloignées du village principal étaient dédiées au travail des cultures sèches. On y trouvait des mûriers, de la vigne, des amandiers et des oliviers. La présence de moulins à huile nous prouve l’importance de l’activité oléicole.

Les activités annexes pour ne pas avoir faim

L’élevage du petit bétail (chèvres, moutons, volailles, etc.) ainsi que des activités liées à la production de miel, de fruits ou de plantes aromatiques et médicinales complétaient les revenus de l’exploitation. La culture de la garance, qui produisait une teinture rouge et d’autres petits « plus » venaient s’y ajouter. Tout cela permettait à une population paysanne pauvre, de pouvoir se nourrir un peu plus décemment.

Le village des bories : la renaissance

Puis au fil du temps, les occupants abandonnent le village de cabanes gordien et ses ruelles. La végétation a tôt fait de reprendre ses droits. Les ronces dévorent les murs des bories et comme bien souvent, les locaux pillent les pierres.

Enclos du village des bories

Un coup de foudre

Pierre Viala, écrivain et comédien voyageur, arrive à Gordes après le terrible gel de 1956. Lui, qui aime tant battre la campagne, va découvrir ce village en ruine et en tomber littéralement amoureux. À tel point que ce passionné de vieilles pierres se porte acquéreur de ces vestiges délabrés afin d’en mener la restauration. Elle durera environ huit années, financée sur ses propres deniers.

Une renaissance

Avec l’aide de maçons de la région, il entreprend de rebâtir le village et sa vingtaine de cabanes de pierre sèche, dans le respect de son passé. Le résultat est remarquable et ce travail acharné est récompensé. En 1977, l’Académie d’Architecture classe le site comme Monument Historique. Quelques années plus tard, Pierre Viala cède le hameau à la ville de Gordes. Elle en est la propriétaire et la gestionnaire depuis 1983.

Des collections d’objets en témoignage

Le site du village est des bories est actuellement un des plus visités du département du Vaucluse.Vous pourrez y voir des collections d’outils agricoles et de poteries, ainsi que des reconstitutions de scènes de vie, témoignage d’une vie rude.  Un four à pain y a également été reconstitué.

Le petit mot de Jack

Le groupement de cabanes en pierre sèche de Gordes est le plus important du Vaucluse. Il existe néanmoins d’autres structures plus petites. L’enclos des bories à Bonnieux, autre villages perché du Vaucluse, a été restauré en 2007. Il peut également se visiter. Vous y trouverez d’ailleurs, une curiosité architecturale rare : la borie double.

Pierre Viala est décédé en 2013 à Cavaillon.

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